Bruno Retailleau le 27 novembre 2025 ( AFP / Thomas SAMSON )
Intransigeant sur l'immigration et la sécurité, un rien fébrile depuis sa sortie du gouvernement, le conservateur Bruno Retailleau cherche à retrouver l'élan de son passage au ministère de l'Intérieur pour s'imposer comme le candidat naturel de la droite à l'Elysée.
Jusqu'à son entrée dans l'équipe de Michel Barnier à l'automne 2024, le sénateur de 65 ans jouait plutôt les seconds rôles dans son camp. Depuis, les Français ont appris à connaître un homme aux idées résolument à droite, qui se départit rarement d'un ton affable.
Fier de ses origines vendéennes, ce catholique pratiquant, officiellement dans la course à la présidentielle depuis jeudi, ne rate jamais l'occasion d'évoquer ses racines rurales et la maison familiale acquise par son grand-père à St-Malô-du-Bois, où il réside.
Marié à une médecin scolaire, père de trois enfants, il aime aussi exalter la mémoire d'un autre Vendéen, Georges Clémenceau, au grand dam de la gauche, qui revendique aussi l'héritage du "Tigre".
Autrefois cavalier dans le parc du Puy-du-Fou, quand il était proche de son mentor Philippe de Villiers, Bruno Retailleau a longtemps été considéré comme trop conservateur pour prétendre à des ambitions élyséennes, notamment après son opposition au mariage pour tous.
"Retailleau, c'est la droite Trocadéro. Donc la droite Fillon", estime un cadre LR qui ne croit pas en ses chances à la présidentielle.
C'est au Sénat, comme chef du groupe Les Républicains de 2014 à 2024, que Bruno Retailleau a commencé son ascension sur la scène nationale. Mais, en retrait derrière Laurent Wauquiez, Xavier Bertrand ou Eric Ciotti, il échoue en 2022 à prendre la présidence du parti.
Son destin politique bascule lorqu'il est nommé deux ans plus tard au ministère de l'Intérieur.
Lutte contre l'immigration illégale et le narcotrafic, sortant parfois de ses plates-bandes pour dénoncer l'Algérie pour son refus de reprendre ses ressortissants indésirables en France, il impose les marqueurs d'une droite dure. Mais toujours énoncés avec calme et pondération.
Un cocktail qui fait de lui le membre le plus populaire du gouvernement, malgré les polémiques. Comme lorsqu'il affirme que l'immigration "n'était pas une chance" pour la France ou proclame "à bas le voile" islamique.
Ces propos, il ne les renie jamais. Il les revendique au contraire haut et fort, les attribuant au franc-parler dont il fait sa marque de fabrique pour séduire "la France des honnêtes gens".
Flirtant avec les thèmes de l'extrême droite, il est accusé de ne pas prendre suffisamment ses distances avec le RN. Pour lui, l'union des droites doit se faire dans les urnes et pas dans des accords d'appareils.
N'empêche, il sème le trouble lorsqu'il appelle à ne pas accorder "une seule voix à la gauche" dans une législative partielle opposant le PS aux ciottistes désormais alliés du RN.
Pour Bruno Retailleau, l'angle d'attaque contre le Rassemblement national est surtout économique. Marine Le Pen propose un programme "socialiste", dénonce-t-il.
- Un départ incompris -
Au printemps dernier, dopé par son ministère, il a gagné haut la main la présidence des Républicains avec 75% des voix face à Laurent Wauquiez, rival possible dans la course à l'Elysée.
Un pied dans le gouvernement, un autre en dehors, Bruno Retailleau se revendiquait "gaulliste, mais pas macroniste", n'hésitant pas décréter la fin du mouvement politique créé par le chef de l'Etat.
Tout se passait idéalement pour lui jusqu'à sa sortie du gouvernement en octobre. Reconduit par Sébastien Lecornu dans son premier exécutif, il s'emporte contre l'éphémère nomination de Bruno Le Maire à la Défense et provoque une crise. Il quitte le ministère de l'Intérieur.
Une décision incomprise par l'opinion publique, comme en a témoigné sa chute brutale et immédiate dans les sondages. "Un trou d'air" admet son entourage, qui se félicite du rebond amorcé depuis le début de l'année.
Mais il peine à imposer sa ligne au sein du parti. Il s'oppose à la participation au gouvernement mais Sébastien Lecornu parvient à recruter pas moins de six ministres LR. Tous sont suspendus du parti, dont Rachida Dati qu'il soutient pourtant à la mairie de Paris.
Au point de fracturer son parti entre députés et sénateurs. Et d'exposer le désormais postulant officiel à l'Elysée aux ambitions des autres candidats comme Xavier Bertrand ou David Lisnard, déjà dans la course, voire Laurent Wauquiez et Michel Barnier, en embuscade.

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